Patagonie 2013 - 4 - 19 janvier 2013

Voyage au bout du monde

   En principe , j'avais prévu d'aller en Ethiopie avec mon vieil ami J-M Chapel , mais le voyage a été annulé . Je suis donc parti avec deux autres vieux amis , J-P Maldy et J-C Peyroulet , vers une toute autre destination : la Patagonie . Voici mon journal de voyage et mes impressions .

 

 

-  Vendredi 4 Janvier 2 013 : le départ .

Je vais enfin retrouver mon vaillant et courageux Sportster 1 200 , confié il y a quelques semaines à un transporteur . Selon les organisateurs ( Road Trip Factory ) , les 14 bécanes sont arrivées en Argentine et nous attendent . Mais avant , il faut se farcir la navette , le TGV vers Roissy , avec un changement , l'attente à l'aéroport , pour finalement embarquer à l'heure , mais près de 8 heures après avoir quitté la maison . C'est quand même beaucoup pour 300 kilomètres

-  Samedi 5 Janvier 2 013 : arrivée à Buenos Aires .

Après 13 heures de vol ,il faut encore plus de 2 heures pour sortir de l'aéroport . Je suis fatigué , ça explique sans doute ma mauvaise première impression : où est l'exotisme ? Pas de Noirs , pas d'Asiatiques , pas d'Arabes , pas de mosquées , pas de temples , des gens de type européen , parlant une langue assez proche de la mienne , et des églises ! Et en plus , qué calor !

Le bus nous amène à l'entrepôt où nous récupérons nos bécanes , et premier repas argentin . On comprend vite que les végétariens sont une race inconnue par ici . En revanche , les viandards sont chez eux , en terrain conquis . Ce premier repas est le prototype de ce que nous allons manger tous les jours :
                      Entrée : empanadas (chaussons fourrés à la viande ou au fromage) on en aura tous les jours , jamais la même recette !
                      Viande , le plus souvent grillée , un régal , avec une salade que je ne mange jamais ( je ne suis pas un lapin ) et pas de légumes (je n'aurai pas besoin de trouver d'excuse )
                       Dessert , le plus souvent glace ou flan (exquis)

Et devant nous , le Rio de la Plata . C'est un fleuve , mais sa largeur est de plusieurs dizaines de kilomètres . En face , invisible , bien sûr , l'Uruguay .

 

Après ce repas , grand tour dans la ville , environ 60 kilomètres , et la ville est beaucoup plus belle que ce que je pensais le matin . Beaucoup de parcs et d'espaces verts , la Place de Mai (où tournaient les mères des disparus pendant la période de la dictature) , le Palais présidentiel (la Maison Rose , Casa Rosada) , le Parlement , on sent de suite que la ville vit et qu'on pourrait y vivre bien .

-  Dimanche 6 Janvier 2 013 : Buenos Aires – Guamini .

520 - 530 km dans la pampa humide . C'est plat et plein d'eau , qui ne s'écoule pas tant c'est plat . Des étangs , des lagunes , des fossés avec des hérons , parfois de rares pêcheurs , mais vraiment rares car il y a très peu de gens .
Les propriétés sont immenses , on ne voit jamais les maisons , seulement les champs où poussent le maïs , le soja , et les parcs où paissent les vaches . On cultive aussi le sorgho et l'orge .

Pour le déjeuner , surprise : on quitte la route et , 7 km de piste plus loin , deux cavaliers nous attendent , avec des drapeaux argentins , et nous mènent au resto , impossible à trouver si on ne connaît pas . Le patron est un Français installé là depuis des lustres , il vit de son élevage de vaches et de sa production de maïs et de soja . Pour les groupes , il a le resto . Barbecue SUBLIME (saucisse , poulet , porc et bœuf).

Le soir , étape à Guamini , toute petite ville  , dans un hôtel tout simple . 3 000 habitants , paraît-il , vivant de l'élevage , de l'agriculture et du tourisme (pêche sportive) .

- Lundi 7 Janvier 2 013 : Guamini – Neuquen .

L'étape est longue , il faut partir tôt . 680 km devant nous . On passe de la pampa humide à la pampa sèche , moins riche . Le paysage a changé , de hautes herbes et des buissons sont apparus , et l'horizon s'est rapproché . On ne voit pas encore de montagnes , mais on peut se les imaginer .

Je vois un petit groupe de nandous ( jolis oiseaux à l'air intelligent , de la famille des autruches) . Je suis content , mais ce que je veux voir , ce sont des lamas . Plus tard , me dit-on . Patientons !

Près de Neuquen , des vergers . Ils sont protégés du vent , sur tous les côtés ,  par une double rangée de peupliers . On reverra , plus au sud , la même protection pour les maisons isolées .

On remarque de petits lieux de dévotion  au bord des routes , avec des drapeaux rouges . C'est pour rendre hommage à Gauchito Gil (le petit gaucho Gil) , vénéré par tous les Argentins , qui lui font des offrandes . Lors de la guerre civile entre Unionistes et Fédéralistes  , au XIXème siècle , il a été tué par un méchant de l'autre camp , mais avant de mourir , il lui a dit « quand tu rentreras chez toi , ton fils sera très malade , tu me feras une prière et il sera guéri » et c'est ce qui s'est produit , d'où les milliers de petites cabanes rouges pour lui rendre hommage .

- Mardi 8 Janvier 2 013 : Neuquen – San Martin de los Andes

Remarque en passant : l'Argentine a été libérée vers 1 810 par le Général San Martin , ce qui explique le nombre élevé de villes et villages portant son nom .

C'est la fin de la plaine , on traverse quelques champs de pétrole et on entre dans la montagne . Sur les côtés des buissons , verts ou parfois marrons , ressemblant de loin à des rochers .

La route est agréable avec de beaux virages où on peut enrouler , conduire avec souplesse . Le paysage est constitué de « montagnes » plates . En réalité , c'était le niveau d'origine , et tout s'est effondré ou a été emporté par l'érosion entre ces montagnes .

Et  sur la droite , un cône parfait : le volcan Lanin .Chose bizarre dans ce pays producteur de pétrole : il y a la queue aux stations  - service.

San Martin de los Andes est une petite station de montagne qui me rappelle Morzine

- Mercredi 9 Janvier 2 013 : San Martin de los Andes – San Carlos de Bariloche

Petite étape , toujours dans des paysages montagneux et magiques (lacs , rivières , arbres centenaires et protégés ) .

Une difficulté : 30 ou 40 km de piste . J'ai vu pire en Afrique , mais j'ai perdu de la pratique depuis le Mali 2 009 . Beaucoup de poussière grise , pas rouge comme sur la latérite , des trous , de la tôle ondulée , bref : de la piste . En principe , ce sera asphalté l'année prochaine . Aventuriers , dépêchez-vous si vous voulez y goûter . Et on roule sur la mythique route 40 , qui traverse l'Argentine du sud au nord , en passant par les Andes


- Jeudi 10 Janvier 2 013 : San Carlos de Bariloche

C'est la journée de repos . J'en profite pour faire laver la moto , c'est bien fait et ce n'est pas cher . Quand je la récupère , j'ai du mal à la reconnaître .

Bariloche , au bord du lac Nahuel , fait penser à la Suisse . Montagne , verdure , golf , chocolat (il y a même un musée du chocolat devant l'hôtel) . La ville a d'ailleurs été fondée par des Suisses et on trouve , à une dizaine de kilomètres , un village appelé « Colonia Suiza » .

Avec mon cousin québécois , on profite de la journée pour explorer les environs sur nos bécanes propres . Balade le long du lac , au milieu des villas de vacances des Portenos (habitants de Buenos  Aires) aisés , on se fait un petit casse-croûte dans un bar avec point de vue superbe sur le lac et ses îles (habitées) . Au moment de payer avec la CB , leur appareil ne marche pas . « Tant pis , c'est notre faute , revenez payer une autre fois » nous dit la serveuse , en Français en plus . Je n'avais encore jamais vu ça ! Heureusement qu'il nous restait un peu de liquide !

Vu sur le bas-côté de la route : une voiture avec un bidon plastique sur le toit . C'est pour signaler qu'elle est à vendre .

- Vendredi 11 Janvier 2 0132 : San Carlos de Bariloche – Gobernador Costa

La journée « aventure » .

impossible de sortir les motos du garage de l'hôtel , la rampe d'accès est bloquée par une voiture dont le chauffeur a disparu . Une heure perdue !
  • À midi , feu de cheminée au resto , nécessitant l'intervention des bomberos (pompiers) .
  • L'essence : trop de queue à la station , on fera le plein à la suivante . Mais la suivante est VIDE ! On décide de partir vers la suivante (100 ou 150 km plus loin) et le camion ravitaillera ceux qui tomberont en panne . Je passe sur la réserve à 310 km , j'arrive à la station à 353 km et il reste encore 1,5 litre dans mon réservoir . Pas mal pour un Sportster réputé tomber en panne à 200 km!pour info , il n'y a eu que 2 pannes d'essence .

Il y a bien sûr la queue à la station de Gobernador  Costa , mais on la fait sagement !

Installation rustique dans des « cabanas » .

Dans la journée , des kilomètres de virages à enrouler à 110 , et un paysage qui a changé : les montagnes sont devenues des collines, et le plateau patagonien devient la norme (désert , herbe , buissons , vaches , moutons) .

- Samedi 12 Janvier 2 013 : Gobernador Costa – Caleta Olivia

Un rodéo est prévu à 11 heures , le départ aura lieu à 2 heures , pour une étape de 450 km vers Caleta Olivia .

En attendant , on va faire un tour au village d'à côté , José de San Martin ( encore un! ) .  Le village est complètement différent de Gobernador Costa et il me rappelle le petit village d'Algérie où j'ai passé quelques mois il y a plus de 50 ans avec des allées empierrées  et des centaines d'arbres plantés pour rendre agréable un endroit sec et aride .

De quoi vit ce village ? On y croise un habitant qui travaille dans la construction et se rend tranquillement au boulot à 10 h du matin .
Il y a des machines exposées sur le terre-plein central et personne ne sait ce que c'est .
On verra les mêmes plus tard , elle servent à la tonte des moutons et au tassage de la laine brute . Mais il ne doit plus y avoir de moutons depuis longtemps , sinon les habitants sauraient à quoi servaient ces machines .

Coup de Trafalgar : le rodéo est annulé , les chevaux ne sont plus disponibles . Un spectacle de danse locale (malombo) le remplace . Les jeunes du village se débrouillent bien , la tradition est sauvegardée et ça leur fait une activité .

Un excellent barbecue (de l'agneau) fait oublier le rodéo raté , et il se termine par un nouveau dessert : une tranche de fromage sur une tranche de pâte de coing .
 
La route est parfois bonne , parfois beaucoup moins , voire mauvaise , mais on n'est pas venu faire de l'autoroute . On traverse maintenant la région la plus riche en pétrole , mais je n'ai toujours pas vu de lamas . Tout le monde en a vus , sauf moi !

 

- Dimanche 13 Janvier 2 013 : Caleta Olivia – Puerto Santa Cruz

Enfin , j'ai vu des lamas , plus exactement des guanacos , un peu plus petits que les lamas . Les guanacos sont sauvages , les lamas domestiqués . Bel animal , marron clair et crème , sautant les clôtures comme une antilope , marchant l'amble comme son cousin le dromadaire , gracieux .Un seul défaut : il ne ronronne pas .

Comme l'avant-veille , cabanas (plus confortables) et chambre commune pour les célibataires . Finalement , j'ai oublié tous les hôtels , sauf le 1er (et dernier) à Buenos Aires et les 3 rustiques (Guamini , Gobernator Costa et Puerto Santa Cruz) .

Remarque : dans ce voyage , on roule au rode bouque (road book pour les non-initiés) et pas en troupeau derrière un rode captène . C'est sympa . Et c'est aujourd'hui que j'ai loupé une bifurcation , la honte m'envahit .

On a aussi vu une pancarte « Ushuia , 500 km » . On est vraiment loin 

- Lundi 14 Janvier : Puerto Santa Cruz – El Calafate

Encore des guanacos . Depuis mon premier , je n'arrête plus d'en voir !
Et encore des paysages idylliques : des étangs , avec des flamants roses , des oies , des canards , des vaches , des moutons .

Le déjeuner est pris à Rio Gallegos , la ville la plus australe de l'Argentine continentale . Plus loin , il y a la Terre de Feu , mais c'est une île . Rio Gallegos était la base de l'aviation argentine pendant la guerre des Malouines , qui ne sont qu'à 500 km à l'est , en face de nous .

Pour info , l'Argentine réclame toujours ces îles , ainsi que tous les archipels occupés par les Britanniques au sud .

Et on file vers l'ouest , les Andes à nouveau , vers El Calafate . La route sent bon depuis un moment , c'est dû à des petites fleurs jaunes qui poussent tout au long de la route . Non seulement notre nez est content , mais nos yeux  aussi sont contents : après un virage , on aperçoit d'un seul coup le Fitz Roy (3500 m de rocher) , et le lac Argentino . Dans la descente , je me fais un petit plaisir :  plusieurs kilomètres de virages sans les mains

- Mardi 15 Janvier 2 013 : El Calafate – El Calfen – El Calafate

La vallée glaciaire , avec deux lacs (Argentino et Viedma) de couleur bleu froid , des moraines , et , au loin , on voit le glacier Viedma tomber dans le lac du même nom .

Sur la route , on fait halte à l'hôtel « la leona » ( la lionne ) célèbre à deux points de vue : un certain Perito Moreno s'y est fait à moitié bouffer par un puma femelle (on reparlera de ce gars) et l'hôtel a servi de refuge à Butch Cassidy et Kid Sundance , qui venaient de piller une banque à Rio Gallegos .

Une déception à El Calfen , au pied du Fitz Roy : le pic est entouré de nuages . La chance a voulu que la vue soit dégagée hier   . Aujourd'hui , on peut voir la base , impressionnante , mais pas plus haut !      

Le retour se fait avec un vent de face de 80 km/h . La bécane rame ! 

- Mercredi 16 Janvier : El Calafate – Perito Moreno – El Calafate

c'est le dernier jour de moto , cet après-midi , on les remet sur le camion . Mais en attendant , direction le glacier Perito Moreno , le clou du voyage . Ce glacier porte donc le nom du bonhomme qui s'est fait à moitié bouffer par la leona .

Sur la route , un gros chat me passe 20 centimètres devant ma roue . Renseignement pris , il n'y a pas de chats sauvages dans la région , c'est donc un lynx ou un petit puma , d'après German , le guide-réceptif , celui qui sait (presque) tout .


Et enfin , le glacier : un front d'une largeur de 5 km , et de 60 mètres de haut (hauteur visible , il y en a bien plus dans le lac , sous l'eau) . On peut approcher tout près , 40 mètres , on entend les craquements continus , et on voit les blocs de glace tomber dans le lac . ESPECTACULAR !

Retour à El Calafate , mon merveilleux Sportster a fait 4730 km et son compteur affiche maintenant 129 000 km . Pas mal , non ?

Une dernière surprise après le retour à l'hôtel : un tremblement de terre , et il y aura même une réplique pendant la nuit .

- Jeudi 17 Janvier 2 013 : El Calafate – Buenos Aires

Retour en avion , visite  à pied de la ville , toujours avec mon inséparable cousin . Le soir , soirée tango (musique et danse) à El Querandi . PRODIGIEUX !

- Vendredi 18 Janvier : le retour , après un dernier repas (de poisson)

Samedi 19 Janvier : arrivée à Roissy , toujours 13 heures d'avion , et retour à la maison , avec des TGV en retard , merci la SNCF .

photosGalerie photo : Anders Boisen --> ICI

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  janvier 2013 - texte : Hanspeterg - photos : Anders Boisen
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