La route de l'encens - février 2012

EMIRATS ARABES UNIS ET SULTANAT D'OMAN

Samedi 11-2-2 012  : Paris – Dubaï en avion , un mal nécessaire . Mais on vole avec SWISS , qui ne fait jamais grève , et les chocolats qu'on sert à bord sont excellents . Il n'y a que 3 heures de décalage horaire , c'est supportable .
Hôtel de luxe construit par l'émir , en bordure de l'hippodrome qu'il vient de faire construire (les chevaux sont sa passion) , mais impossible de se faire servir par le room service , le pognon n'est pas toujours synonyme d'efficacité .

Demain , on récupère les motos .

Dimanche 12-2 : DUBAÏ .
Récupération des motos au port de JEBEL ALI , le plus important de la région , le 4ème au monde , parait-il . Les plus informés savent que , en arabe , jebel = montagne , et pourtant c'est tout plat . On dit qu'un petit tertre d'une hauteur de 5 mètres a donné son nom au lieu .
Et on commence enfin à faire ce pourquoi on était venu : rouler .
Première traversée de la ville (il y en aura beaucoup) sur une autoroute à 2 fois 6 voies .
Des gratte-ciel partout , certain très connus (la tour BURJ KHALIFA , 828 mètres , ou le fameux hôtel 7 étoiles BURJ AL ARAB en forme de voile) , d'autres moins , mais tous sont « originaux » , je pense même que leurs architectes avaient fumé des cigarettes qui font rire avant de les dessiner . J'en ai vu qui ressemblaient à des pieds à coulisse , un autre qui était torsadé , un qui ressemblait à un camembert , 2 copies du CHRYSLER building de New York , etc… Entre ces immeubles , d'autres semblent tout petits , il ont quand même 10 ou 12 étages.

 

Quart d'heure culturel : il y avait auparavant les états de la Trève , protectorat britannique constitué d'émirats . En 1 970 , 7 d'entre eux ont formé les Emirats Arabes Unis , sous l'impulsion de l'émir d'ABU DHABI . 2 ( QATAR et BAHREIN) ont refusé .
Il y a 9 millions d'habitants , dont seulement 1,5 million d'Emiratis , les autres venant du sous-continent indien ( Inde , Pakistan , Bengladesh ) ou des Philippines . En tout , 150 nationalités présentes .
Une loi particulière : si un Emirati épouse une Emiratie , le gouvernement paie la noce , à concurrence de 16 000 € , et leur offre une maison , ceci pour lutter contre la tendance des Emiratis à épouser des Asiatiques plutôt que des Emiraties .
Quelques prix : l'essence vaut 0,20 € , l'eau (dessalée) vaut 0,30 €, et un petit F3 dans la tour BURJ KHALIFA vaut 2 à 3 millions € . Un étranger ne peut pas devenir propriétaire .

Puisqu'on parle de cette tour , nous y montons . La terrasse d'observation est à 500 m , et de là on aperçoit les autres immeubles et , au loin , du sable , rien que du sable . On voit aussi les iles artificielles , celle en forme de palmier et World  Dubaï , dont les travaux sont arrêtés pour le moment (crise ) et qui représentera un planisphère , un jour .

On ne voit personne dans les rues , les gens vont d'un hôtel à un centre commercial ou à un bureau en voiture , c'est étrange . De plus , il n'y a pas un seul oiseau .

Lundi 13-2 : DUBAÏ – ABU DHABI – DJEBEL HAFEET
Après la capitale touristique des Emirats , en route vers la capitale politique . Juste après la limite entre les 2 émirats , nous sommes reçus au club de polo de GANTOOT . Il appartient au Sheikh d'ABU DHABI , qui aime autant les chevaux que son voisin de DUBAÏ . Il élève 250 chevaux , dont 125 de race argentine pour le polo , l'autre moitié étant constituée de chevaux arabes . Son équipe de polo est composée pour moitié de professionnels Argentins .

Visite de la grande mosquée SHEIKH  ZAYED , commencée en 1 995 et pas encore finie . 41 000 fidèles peuvent y prier dans 3 salles de prière . Un tapis d'IRAN couvre le sol , 4 000 femmes y ont travaillé pendant 2 ans , les murs sont en marbre de Macédoine (extérieur) ou espagnol ou de Carrare (intérieur) et les fleurs qui décorent le tout sont aussi en marbre , incrusté dans le marbre blanc .
Tout ça manque de la patine de l'histoire , mais c'est grandiose !

Petit tour sur le circuit de F1 , où les hôtels gigantesques sont vides , et route vers le Djebel Hafeet .

Sur la route , des fermes produisant des légumes , sous serre .
Et le soir , à l'hôtel , ENFIN des oiseaux !

Mardi 14 – 2 : DJEBEL HAFEET – EL AIN – SOHAR (OMAN)
Sur le djebel , à deux pas d'un des palais de l'émir , il y avait des oiseaux (leur absence m'avait traumatisé) et une vue superbe sur le désert , du sable à perte de vue avec un brouillard de sable .

Et on part vers OMAN . Auparavant , traversée d'EL AÏN , oasis , devenue la 2ème ville d'ABU DHABI . Une oasis , ça me fait toujours penser à un miracle. J'en ai vu quelques unes au cours de mes voyages , je ne comprends toujours pas comment l'eau peut être absente partout et présente à un endroit donné , où il fait frais , où on cultive . C'est beaucoup plus vert qu'ailleurs , mais il n'y a toujours personne dans les rues , à part les cantonniers et les pompistes , et on est mardi, pas vendredi , jour de la grande prière . Vas comprendre , Charles !

La douane passée rapidement , pour une fois , on arrive à SOHAR , sur la mer .Comme souvent , un groupe nous accueille , mais étonnement : il est mixte . Des hommes ET des femmes jouant et dansant , je n'avais pas encore vu ça dans cette région . Il faut croire que l'Islam d'OMAN n'est pas aussi rigoriste qu'ailleurs .

Petite baignade dans la mer d'OMAN , où l'eau est froide et agitée et le sable très foncé , presque noir .

La télévision locale , ayant appris qu'une star  passée dans FREEWAY était là m'interviewe . J'espère que vous n'avez pas manqué ce grand moment de télévision .

Pour info , on a vu quelques chameaux .

Mercredi 15 – 2 : SOHAR – NAKHAL – MASCATE

Une route pas très intéressante (droite , avec des montagnes au loin) nous amène à NAKHAL .
Encore une oasis , dont le nom vient de NAKHIL = arbre , fallait le trouver .
SUPERBE château fort en pisé , dont l'origine serait préislamique  c'est dire que ça ne date pas d'hier . Sa reconstruction  , au XVème siècle ,est l'oeuvre de la famille YAROUBI , qui a dominé OMAN pendant quelques siècles . Quand le seigneur y entrait , on ouvrait les deux battants de la porte , mais quand un individu ordinaire venait , les deux battants restaient fermés et il fallait passer dans une petite ouverture pratiquée dans un battant . Le fait de se baisser pour passer « honorait le bâtiment » .

Des salons , une prison , et des magasins pour stocker les dattes . On les mangeait , bien sûr , mais on récoltait leur jus qu'on faisait bouillir pour le jeter sur les assaillants .

Route vers MASCATE , la capitale , pas de quoi se relever la nuit , mais la ville est jolie , car les montagnes tombent dans la mer et il y a des gorges dans lesquelles MASCATE s'est développée .

A l'hôtel , des cyclistes . Deux événement ont lieu en même temps : notre passage et le tour d'OMAN cycliste . Eddy Mercks est là , je ne le verrai pas , mais un Belge de notre groupe le connait et a R-V avec lui . Je peux maintenant mettre dans mon C-V que je connais quelqu'un qui connait Eddy Merckx .

Jeudi 16 – 2 : MASCATE – SUR

Et d'abord , un nouveau ¼ d'heure culturel .
Le pays compte 3,4 millions d'habitants , dont seulement 25 % d'immigrés . L'école y est gratuite , mais pas obligatoire . Le premier ministère créé par le Sultan Qaboos à son avènement a été celui de l'éducation , c'est un signe .
La population  est jeune , 60 % a moins de 19 ans .
Quand il a 23 ans , le jeune Omani reçoit un terrain , et s'il est déjà marié , il reçoit aussi la maison .Grande différence avec les émirats : le Sultan veut que tout le monde travaille . Pour cela , il a mis en place une politique d'omanisation . Certains appelleraient ça la préférence nationale . Les emplois sont d'abord réservés aux Omanis .
La nationalité omanaise est quasi impossible à obtenir : il faut 25 ans de résidence sans sortir du pays .
Le Sultan Qaboos est omniprésent . La preuve : un spectateur de notre raid a demandé si c'était le Sultan qui avait payé nos motos .
Et enfin , sachez que le port du costume Omani est puni de prison quand on n'est pas Omani .  J'attendrai d'être de retour en France pour porter le mien .

Le Sultan a aussi invité quelques journalistes à l'occasion du Tour Cycliste d'Oman , et nous les trimballons pendant une cinquantaine de km . L'occasion pour eux de faire un papier inattendu . Nous serons peut-être dans « Version Femina » .

La matinée se passe tranquillement  vers WADI  BANI KHALID , une gorge avec des vraies routes qui tournent dans la montagne , au fond de laquelle il y a une palmeraie (encore un miracle) avec des bassins remplis d'une eau délicieusement fraiche . Ce fut dur de sortir de l'eau . Comme c'est un cul de sac , on reprend la même route magnifique  , au milieu des montagnes en pierre jaune .

Arrivée à SUR , où se trouve le dernier chantier naval fabricant des boutres en bois (à moteur , la voile c'est fini) . Tout est fait à la main , il faut 6 mois pour en fabriquer un , avec une dizaine d'ouvriers , et si vous êtes intéressés , il vous en coûtera 2 à 300 000 € . Mais c'est mieux que les jouets en plastique de chez Benneteau .

La légende dit que SINBAD le marin était de SUR .Vas savoir , c'est peut-être vrai !

La ville est un port naturel , totalement abrité , quasiment imprenable . On y vivait du commerce (esclaves avec ZANZIBAR , ex-possession omanaise) et de la pêche .

Vendredi 17 – 2 : SUR - MASCATE 

Très belle route côtière , entre les montagnes (de couleur jaune ou marron) et la mer .

Arrêt au puits naturel de DIBAB , appelé « le siphon » car il communiquerait avec la mer toute proche . Son eau est un mélange d'eau douce provenant des montagnes toutes proches et d'eau salée . Il paraît qu'un nageur aurait péri noyé , aspiré par le siphon . Légende ? Toujours est-il qu'il y a maintenant une grille de protection .

Puis , Mascate , vieille ville coincée entre la montagne et la mer . Il faut parfois gravir la montagne pour passer d'un quartier à l'autre . Après la démesure de DUBAÏ , ça fait plaisir de voir une vraie ville , avec des gens dans la rue (surtout des hommes , on est dans un pays musulman) , un souk , des boutiques .
Dans la vieille ville , la résidence officielle de Qaboos . Il y bosse , mais n'y habite pas , car il préfère vivre à 120 km au nord .Le château est gardé par deux chateaux forts  , il y en a beaucoup dans le pays .Et autour , les ministères .
Merci au MUSCAT CHAPTER de nous avoir guidés , dans la ville et jusqu'à l'hôtel , au bout d'une route faite pour les Sportsters , c-à-d qui tourne . 50 km merveilleux à travers la montagne , qu'il faudra refaire demain , cul de sac oblige . Mais des km comme ça , je veux bien en refaire tous les jours .

Samedi 18 – 2 : MASCATE – NIZWA

Visite de BUKAT A MAWZ , village en pisé , abandonné . C'est fou comme le pisé isole de la chaleur . C'est peut-être la journée la plus chaude (25 à 30 °) , mais dans une ruine dont le toit s'est effondré , il fait bon .

Arrêt devant la forteresse de BAHLA , très grande mais invisitable car en cours de restauration , en vue d'un classement au patrimoine mondial (comme la Place Stanislas) . Le pisé de la construction , la palmeraie adjacente , ça fait carte postale , mais c'est beau .

Château de JABRIN , toujours en pisé . Dans la cour , un puits de 70 m de profondeur . On y retrouve les pièces habituelles , chambres , salons , prisons (pour hommes et pour femmes) , mais il y a deux particularités . Dans la salle de réunion se trouvent des « trous à espions » , dans lesquels se cachaient des espions chargés d'entendre ce que se chuchotaient les participants . Et le cheval de l'imam fondateur du château avait sa stalle au 1er étage du bâtiment , où il montait par l'escalier comme un humain .

Et pour finir , NIZWA , ancienne capitale , avec son souk , où je peux enfin acheter mon costume Omani complet . Je le mettrai dans une semaine .

Dimanche 19 – 2 : NIZWA - AL FUJAYRAH (Emirats)

La plus belle route du voyage , avec des montagnes de toutes les couleurs : du gris , du marron , du rouge , du jaune .Et des virages , mais vous avez compris que j'aime ça .

On rejoint la côte à SOHAR , où SINBAD serait né (faudra se mettre d'accord avec SUR) et on longe la mer jusqu'à AL FUJAIRAH , capitale de l'émirat du même nom , un des 7 ayant formé les E.A.U. il y a quarante ans , on quitte ainsi provisoirement OMAN .

Le ministère du tourisme nous reçoit , fort honoré de notre passage . Il y a bien quelques immeubles dans cette ville , mais ça reste une vraie ville , avec des gens dans la rue et des magasins , et les immeubles sont moins délirants qu'à DUBAÏ . Bref , c'est plus humain , vivable même .

Il convient de signaler que les derniers kilomètres se font sous un vrai déluge (pour les Emiratis) : au moins 25 gouttelettes de pluie , cet événement si rare dans la région .

Lundi 20 – 2 : AL FUJAIRAH -  DIBBA (OMAN) – AL FUJAIRAH

La fin approche , et une journée de repos est prévue . On quitte donc notre hôtel pour DIBBA , quelques km plus loin , dans la presqu'ile de MUSANDAN , qui appartient à OMAN , mais sans qu'il y ait une continuité géographique .Le nord de MUSANDAN n'est qu'à 45 km de l'IRAN, au delà du détroit d'HORMUZ . Et , dans ce petit port , embarquement sur un boutre , comme celui qu'on avait vu en fabrication à SUR , pour une promenade en mer de quelques heures .

Souvent , au cours de ce voyage , on a roulé entre la montagne et la mer . Là , pas de possibilité de faire une route , la montagne se jette directement dans la mer , parfois sous forme de falaises . De temps à autre , une plage avec un petit village accessible uniquement par la mer . Idéal pour se reposer et penser à autre chose que le boulot , mais je m'en fous , je suis retraité .

Faire la sieste , bercé par la houle ,  reste un grand moment .
Un seul regret , il y a , dit-on , plein de dauphins , mais la mer n'est pas assez calme pour qu'on les voie . Il faudra revenir .

Demain , dernier jour .

Mardi 21 – 2 : AL FUJAIRAH – SHARJAH – DUBAÏ

C'est en principe l'étape la plus courte , la plus facile , 150 km , mais il y a un fort vent de sable . Aujourd'hui , je suis content d'avoir vécu ça , mais sur le moment c'est désagréable , avec les rafales latérales qui déséquilibrent la bécane et le sable qui fouette la figure (je roule sans visière , je déteste ça , et j'ai laissé mon pare-brise en France , car il porte la trace de mon voyage en Israël et que je ne voulais pas d'ennuis dans un pays musulman) .

Traversée de SHARJAH , émirat voisin de DUBAÏ (un des 7) , où les immeubles sont nombreux , certes , mais plus vivables qu'à DUBAÏ . SHARJAH est en fait la cité dortoir de DUBAÏ , car les loyers y sont plus abordables et elle n'est distante que d'une trentaine de km .

Enième traversée de DUBAÏ , de ses immeubles débilo-originaux , sur la 2 fois 6 voies , et , au port de JEBEL ALI , arrimage des motos en vue de leur chargement dans les containers .

Cette journée fut une journée de merde . La tempête de sable nous occasionne 2 heures de retard . Au port , le conducteur du Fenwick n'est pas là , il est à la mosquée . Après le repas , un bus doit nous amener à l'hôtel , mais il n'est pas là non plus (« sorry , I was at lunch » nous dit-il avec ¾ d'heure de retard . Et à l'hôtel , où nous avons  « day use » de 3 à 8 h , pour nous reposer et refaire nos valises avant le vol de nuit , les chambres ne sont pas prêtes . Comme je le disais au début , pognon n'est pas synonyme d'efficacité .

Mercredi 22 – 2 - 2012 : retour à la maison . Pourvu que les motos puissent quitter DUBAÏ avant l'éventuel blocage du détroit d'HORMUZ .

 

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reportage : Hanspeterg (février 2012) - photos : Anders Boisen